Les brumes d’automne avaient fait leur apparition un peu tôt cette année. Cloclo et Manigances marchaient lentement le long du chemin qui remontait la côte de Bois-la-Gouille, route qui menait au collège du même nom, une des meilleures écoles privées pour garçons de la région. Ils n’avaient aucune hâte. Après le petit-déj, qui allait avoir lieu au réfectoire, la première leçon de la journée était vouée au latin. Madame Frasque, Frasque-la-Bourrasque, allait commencer de sa voix nasillarde: “Alors, qui est-ce qui a bien appris sa leçon d’aujourd’hui? Qui veut bien me parler un peu de l’ablatif?” Non, non, non, mieux valait s’attarder au milieu de ce paysage de magie. Le brouillard cachait tout ce qui se trouvait plus loin qu’une quarantaine de mètres. Normalement, la vue depuis ici était magnifique. De ce chemin de Belvédère, on avait une vue panoramique du lac et des Alpes françaises. Tout à droite, le Salève, qui s’élevait au-dessus de Genève. Au loin, tout au fond, à gauche, on entrevoyait les Rochers de Naye, qui dominaient majestueusement la ville de Montreux. Ce qui valait au terrain de coûter une vraie fortune et aux vignes du coteau de se voir avaler peu à peu par des villas construites ou achetées par de riches étrangers. La brume, qui allait bientôt se faire évaporer par un soleil à la force grandissante, donnait aux objets familiers des formes nouvelles, tordant le sens de la vision et rendant le surréel normal. Les bruits, aussi, disparaissaient. Au loin, on entendait, mais sourdement, comme venant d’une autre dimension, le tintement des clochettes des vaches.
Des bruits de pas qui s’approchaient de par derrière. Il était difficile de savoir qui ça pouvait être, à cause du brouillard. Un jeune, en tout cas, par le bruit des pas, par le profil un peu ténu qui se dessinait dans le gris, pas trop grand, pas un paysan en proie à quelque colère contre des collégiens voleurs de pommes, ni un perverti ou un kidnappeur d’enfants. C’était Rififi, leur camarade de chambre à la pension Pittet au village. Une dizaine d’élèves logeaient là, à cause du manque de place dans le collège proprement dit.
--Hé, ‘tendez! qu’il cria, grouillez pas comme ça, y a pas le feu au lac!
Il haletait, s’arrêta pour reprendre son souffle, tandis que ses camarades attendaient.
--C’est marrant, on dirait qu’elle sont tout près de nous, ces vaches.
En effet, le tintement des clochettes semblait venir de quelque part de pas loin, à portée de main, presque. C’était drôle, parce que par ici, les pâturages se trouvaient quelques deux cents mètres de là, plus près il n’y avait que des villas, des vignes et un terrain de foot.
Soudain, un coup de brise emporta un pan de brouillard et un morceau de ciel bleu se révéla au-dessus de leurs têtes, percé par le rayon d’un soleil enhardissant. Le soleil vint percuter contre un arbre, un vieux cerisier. Et, parmi les feuilles jaunissantes du cerisier, faisait étinceler sa lumière sur des choses métalliques qui pendouillaient des branches.
--Eh, z’avez vu? cria Manigances. On dirait des feuilles d’aluminium. C’est joli, avec ces reflets.
--Bizarre, on les met quelquefois dans les cerisiers au printemps pour empêcher que les oiseaux bouffent les cerises, mais en automne? répondit Cloclo, dont le père était maraîcher.
Rififi s’approcha de l’arbre.
--C’est pas des feuilles d’alu, c’est des cuillères! Et des fourchettes! Et y a aussi des couteaux. C’était ça le bruit des vaches de tout à l’heure, on avait attaché des couverts aux branches, tout près les uns des autres, pour faire un jeu mobile. C’est bonnard!
Ils contemplèrent ce phénomène inhabituel quelques instants de plus, puis continuèrent leur chemin vers la leçon de latin de la Bourrasque.
--Je me demande bien qui a pu faire ce coup-là, se demanda Manigances. Parce que cette fois-ci, c’était pas moi!
--Bof! Peut-être que le paysan propriétaire de l’arbre a eu un coup d’originalité, répondit Rififi.
--Eh, ‘tention là avec tes propos de paysans! Cloclo se retourna vers lui avec une tête un rien de menaçant.
--Ahh, on dirait que tu cherches la bagarre, répondit Rififi, en mettant les deux poings en l’air.
--Oh, les gars, visez voir ça! Là, dans l’herbe, tout le long du chemin!
C’était Manigances qui désignait du doigt la terre. En effet, devant eux, menant depuis le village jusqu’au collège, se trouvait une longue alignée d’assiettes, de verres, de serviettes et de couverts, posés formellement comme sur une table de restaurant élégant, sauf que c’était dans l’herbe molle de l’automne, comme pour servir des voyageurs humains, des vaches, des insectes ou des araignées de passage. Et un peu plus loin, on entendait encore des tintements, pas des cloches de vaches, cette fois non plus, mais des couverts en acier que l’on lançait avec irritation dans un carton. Car c’était Draculescu, “Dracula’s cul” de son surnom populaire, le chef de cuisine du collège, accompagné de quelques-uns de ses subordonnés, qui ramassait la vaisselle et la coutellerie qui auraient dû servir au petit-déjeuner plutôt que comme décoration surréaliste des alentours. Draculescu était d’une taille impressionnante et—comble d’horreur--avait l’air de broyer du noir aujourd’hui, car sa grosse moustache, noire comme son humour, frétillait et ses yeux étaient pleins de feu. Il foudroya les élèves du regard, comme s’il voulait leur soutirer l’identité du coupable, puis, ne rencontrant pas le succès, retourna à sa besogne en grognant quelque chose qui ressemblait à du roumain.
Aussitôt passés les majestueux cèdres du Liban et les marronniers qui encadraient l’entrée du terrain du collège, ils remarquèrent que c’était le branle-bas général. Gosierseck, le directeur (surnommé “Gogo”), à la mince barbe grise d’intello, d’un entretien immaculé, gueulait aux profs et aux pions de rassembler tous les élèves dans la salle de gymnastique. Bernardet (“l’Adjudant”), le prof de gymnastique, et Astiquet (“Asticot,” ça va de soi), le prof de sciences, couraient çà et là comme des bergers allemands pour aller chercher des élèves égarés et les chasser dans le bercail qu’était la plus grande salle du collège. La prof d’anglais, Miss Downs, la bien roulée (elle, c’était la “Jolly Bottom”, qui remplaçait le notoire “Horsey”), Miss Downs leur ouvrait la porte d’entrée d’un geste dramatique, en entonnant “Entrez, messieurs, entrez, je vous prie,” de son joli accent anglais.
La salle était à son comble, les élèves externes côtoyant les internes, les profs mêlés au personnel de la cuisine. Il y régnait un certain chahut, mais pas trop fort, les rires étant attisés quelque peu par l’incertitude d’une punition qui n’allait pas tarder à venir. D’une punition qui serait générale (sauf pour les externes, sans doute, qui seraient considérés comme innocents d’office, étant donné qu’ils étaient arrivés après l’heure du délit), si les coupables ne se dénonçaient pas. On attendit. On regardait avec appréhension le balcon d’en-haut, qui menait à la salle des profs et au couloir de l’appartement du dirlo.
Après plusieurs minutes, la porte s’ouvrit et le directeur se montra, le regard froid et déterminé. Pendant un trop long moment, il dévisagea la foule réunie sans dire un mot. Le chahut cessa, pour être remplacé par un silence pénible et interminable. Il toussa et, prenant une intonation napoléonienne qu’il avait apprise pendant ses années de théâtre, se mit a pérorer:
--Mes amis, je ne suis pas fier de vous. Il s’avère que ce matin même, des coupables putatifs et galopins ont dérobé à la sauvette toute la vaisselle et tous les couverts de notre réfectoire, dans un tour monstrueux tout à la fois enfantin et conséquentiel. En ce moment, le vaillant et patient personnel de notre cuisine s’attèle à la tâche de recueillir, ramasser et réintégrer les susdits vaisselle et couverts à notre réfectoire hélas vidé et donc inutilisable. Car voilà le hic! Nous ne pouvons servir le petit-déjeuner sur des assiettes ayant couché sur l’herbe ou avec des couverts maculés de terre, de buée, de produits chimiques agricoles ou de crottes d’insectes. (Rires jaunes dans l’auditoire.) --Le moment n’est pas au rire, mes amis, loin de là! Le temps de rentrer au collège avec le butin subrepticement volé, de le charger dans le lave-vaisselle et--surtout—de le laver, opération qui, à elle seule, requiert une heure et demie par chargement, selon mes sources bien placées dans la cuisine, et nous voilà bien loin de l’heure propice au petit-déjeuner.
--Et si on utilisait des assiettes en papier et des cuillères en plastique, en attendant?
Ça, c’était Pieds-de-Camembert, élève de terminale, au père richissime et généreux, et donc impossible à renvoyer, qui criait depuis en-bas.
--Monsieur Joquert, ceci est un collège de standing, standing que nous insistons à maintenir. Il nous sera donc impossible de servir nos étudiants sur des accoutrements de pique-nique! Le petit-déjeuner est annulé pour aujourd’hui. Le déjeuner aura lieu à l’heure prévue et vous pourrez y faire doubles emplettes—si Monsieur Draculescu est d’humeur à vous accommoder, bien entendu. Je ne pourrai rien vous garantir de ce côté-là. Quant aux coupables, quand on les aura trouvés, on sévira de la belle façon. Maintenant, rentrez bien tranquillement à vos cours et gare à vous s’il vient à mes oreilles des bruits de rébellion.
La leçon de latin était dure, dure, la voix de la Bourrasque plus aigüe et plus nasillarde que d’habitude, les élèves énervés et de mauvaise humeur. La leçon d’anglais à l’heure suivante, tout autant. En maths, les équations étaient toutes de travers, les raisonnements écrits des appelés au tableau-noir décrivant des méandres impossibles avant d’arriver à des réponses plus ou moins invraisemblables.
--C’est un vrai chantier! s’écria monsieur Héraut (“Le Héros des Zéros”). C’est pas possible! Qu’est-ce qui vous arrive, aujourd’hui? Ah! j’y suis, c’est le coup de la vaisselle! Ha! ha! c’est la faim qui vous tenaille l’estomac. Eh bien! Courage! L’heure du midi n’est pas si loin que ça. Voyons, pour nous distraire, on va continuer…. Soit un cuisinier qui sert une quantité inconnue d’escalopes de veau, que nous appellerons ‘x,’ à un groupe de convives….”
A la récré matinale, les quelques élèves externes qui apportaient le dîner en paquets de chez eux se trouvaient soudain les objets d’une attention urgente et sans précédent. Mèches partagea gentiment de petits morceaux de son dîner avec une quinzaine d’élèves internes affamés. C’est vrai qu’il obtint en échange la promesse de plusieurs heures de secours pour ses devoirs de latin, de maths et d’allemand. Bizbille et Giraffe, par contre, profitèrent des exigüités du moment pour faire un peu de marché ouvertement noir, faisant vider nombre de tirelires dans les chambres des internes désespérés et se frottant les mains à l’idée de rentrer chez eux l’après-midi les poches pleines de lucre.
La cloche du midi sonna enfin, libérant les étudiants de leur supplice. Une tumulte bruyante et animée se dirigea en masse vers le réfectoire, descendant les escaliers comme une cataracte du Nil, mais elle se vit arrêtée dans son cours par la forme autoritaire du dirlo, qui bloquait la porte de la salle à manger. Il leva la main pour leur parler. Un gémissement se fit entendre à travers la foule coincée dans les escaliers.
--Mes amis, votre déjeuner vous attend, chaud et humant bon. Vous l’apprécierez, ça j’en suis certain. Si vous vouliez bien suivre mon conseil, je vous suggérerais de fait part de votre appréciation à monsieur Draculescu et à tout le personnel de la cuisine et du réfectoire, qui font tant d’efforts pour votre bien. Quant à l’identité des coupables, soyez assurés que l’enquête continue son train. Maintenant, à table!
Alors que les élèves s’en donnaient à cœur joie à leur dîner, monsieur Gosierseck conférencia un instant avec le chef de cuisine.
--Alors, pour cette enquête, il y a du neuf?
--Rien, moussiou Gosierseck, rien. Coupables entrer dans cuisine quand tout le monde dormir. Personne là pour voir. Coupables très silencieux. Pietro et moi parler à plusieurs suspects. Rien. Comment il dit, Pietro? L’omertà!
Le tsigane passa deux doigts le long de ses lèvres pour les désigner comme cousues. Il renchérit.
--Si vous voulez, moussiou Gosierseck, moi avoir façons de faire parler….
--Non, non, ça ira comme ça, monsieur Draculescu. Merci.
L’omerta continua pendant plusieurs jours, au grand dam des Maigret amateurs. Mais Draculescu, s’étant remis de son énervement du début, commença à faire voir en douce aux étudiants qu’il avait en fait apprécié ce geste de défi vis-à-vis de l’autorité. Les plats quelquefois immangeables de choux, de viande graisseuse et de patates, tous bouillis ensemble pendant des heures, furent remplacés par de succulents plats tsiganes hongrois et roumains. Et le surnom de Dracula’s cul de disparaître peu à peu des lèvres estudiantines, toutes enduites de goulache et des miettes provenant de ses pirochkis succulents.
Mais si le cuistot tsigane avait trouvé de nouveaux admirateurs, le dirlo par contre devint l’objet des plus sinistres complots de vengeance pour lui faire payer le calvaire du matin sans petit-déj.
C’était le samedi matin suivant qu’eut lieu une réunion secrète d’étudiants “collés” pour diverses infractions et auxquels il avait donc été interdit de rentrer à la maison. Ayant terminé la retenue formelle de la salle de classe, ils étaient quatre à conjurer dans la chambre de Goupillon et de Paconetti (lui, il n’avait pas de sobriquet, pour des raisons inconnues).
--Alors, les me… mecs, on lui fait quoi à Gogogogo? commença Le Bègue.
--Chais pas, tu crois qu’il soupçonne quelque chose? Après tout, c’est nous qu’il a collés. P’têt ben qu’il sait que c’est nous.
--Toi, Gueule-de-Loup, faut pas te dégonfler. Y sait rien, le Gogue. Alors on est tranquilles. On peut lui préparer quelque chose en toute douceur. Mais quoi?
--On peut essayer le coup du seau d’eau sur le dessus de la porte, comme dans les vieux films de Charlot. Sur la porte du réfectoire. Et là, devant tout le monde, au déjeuner, splat! Y sera hu-mi-lié!
--Non, c’est pas original, ça, soupira Goupillon. Faut trouver quelque chose de mieux.
--On pourrait refaire le coup des assiettes et des couverts, suggéra Paconetti.
--Non, ce serait un peu co… con, dit Le Bègue. Refaire ce coup, la deuxième fois, ça f… ferait bâiller.
--Non, mais j’ai une meilleure idée de ce qu’on pourrait faire avec les couverts et assiettes. On pourrait les vendre.
--Comment ça, les vendre? Qui les achèterait? Les assiettes sont t… toutes m… moches et entaillées, quant à ces couverts de pacotille….
--Justement, je connais un moyen. Vous connaissez les Puces de la Charité? Eh bien, c’est la semaine prochaine!
--Raconte! s’exclamèrent les trois à Paconetti, se penchant en avant pour mieux l’écouter.
Les Puces de la Charité était une foire organisée par la paroisse lors du jour du Jeûne fédéral en septembre, dans le but de recueillir des fonds pour aider les pauvres. Le thème de cette année, c’étaient des bourses de livres pour de jeunes étudiants en Afrique. Les habitants de Vignaz et de Bois-la-Gouille réunissaient pour la collecte tout ce qu’ils avaient de vêtements usagés, de vieux livres, d’appareils ménagers désuets, de meubles anciens et de toute autre chose susceptible d’intéresser des collectionneurs ou des familles en mal de joindre les deux bouts. Puis, on vendait ces choses dans ce marché aux puces, ouvert pour l’occasion. Sûrement que le pasteur Gagnebin, l’organisateur de cet événement, se réjouirait d’une contribution tant à propos qu’inattendue de la part d’une institution éducative telle que le Collège de Bois-la-Gouille!
C’est ainsi que, très tôt le samedi matin suivant, vers six heures, un tracteur tirant un wagon chargé s’arrêta dans le parking devant le Café-Bar du Lac, à Vignaz-le-Lac. Le tracteur avait été emprunté au père de l’externe Pierre-le-Roc, qui était un paysan de Bois-la-Gouille ayant trouvé une certaine prospérité, suite à quelques ventes judicieuses de terrain. Des membres de la paroisse installaient déjà les tables et les tentes qui allaient abriter les vendeurs et leurs échalandes. Les quatre étudiants, accompagnés par Pierre-le-Roc, qui devait reconduire le tracteur de son père à la ferme, descendirent, munis d’une fausse lettre signée par Gogo, pardon, par monsieur le directeur Gosierseck, qu’ils montrèrent à monsieur le pasteur. Celui-ci, comme prévu, fut enchanté par le don généreux de monsieur le directeur du collège à l’œuvre paroissiale et aux progrès de l’éducation dans les pays du tiers-monde. Et le pasteur, prêtant main forte aux étudiants si altruistes et si gentils du Collège de Bois-la-Gouille, les aida à descendre les caisses de couverts et de vaisselle du wagon.
À huit heures, le marché fut ouvert et les premiers intéressés arrivèrent à pied du village ou en voiture de la région. Comme le Collège avait une réputation, la vaisselle et la coutellerie, pour toutes moches qu’elles étaient, suscitèrent un intérêt plutôt étonnant de la part des acheteurs et des flâneurs et les quatre conjurés firent pas mal de ventes. On s’exclama beaucoup sur l’aigle, symbole du collège, dont le profil se dessinait encore sur le fond des assiettes. Puis il arriva un “ancien” du C.B.G., gros, chauve et prospère à présent, qui s’extasia sur sa bonne fortune de découvrir ce souvenir matériel de ses années d’adolescence. Nostalgique, il causa avec enthousiasme pendant une heure avec les étudiants actuels, avant d’acheter tout ce qui restait de vaisselle et de couverts, l’équivalent de cinq gros cartons. Il entassa le tout dans le coffre et sur la banquette arrière de sa DS, les jeunes l’aidant dans la tâche avec autant d’allégresse que lui. La chose fut donc accomplie avant dix heures sonnées.
Ayant remis les fonds qu’ils avaient recueillis à la caissière du marché, les quatre larrons s’apprêtaient à partir avec une certaine alacrité quand le pasteur s’approcha pour les féliciter de leur industrie. Il insistait qu’il voulait remercier le directeur de sa générosité.
--Ah, n… n… non, monsieur le pasteur, s’expliqua très vite Le Bègue, il ne faut surtout rien lui dire. Il voulait faire ça dans la discrétion la plus absolue. C’est un homme tr… très modeste, vous savez, au fond.
--Modeste? Le pasteur le dévisagea avec surprise. Ce n’est pas sa réputation. Mais vous le connaissez bien mieux que moi. En tout cas, ce serait la chose à faire que de le remercier. Son offre a été très généreux et vous-mêmes avez récolté un belle somme pour aider nos frères étudiants en Afrique. Je vous remercie aussi. Et j’insiste à vous inviter, vous et monsieur Gosierseck, à venir prendre le souper chez moi un de ces soirs. Ma femme prépare un de ces spaetzle et sauerbraten dont vous me direz des nouvelles!
Il sortit vite son mobile, trouva le numéro du collège dans le bottin électronique et composa. Cela sonna plusieurs fois de suite. Rien. Le temps ralentit pour les quatre. Les secondes passèrent à une vitesse d’escargot, avec une lenteur angoissante. Puis une messagerie répondit. Le pasteur s’identifia, avant de remercier profusément monsieur le directeur pour son extrême gentillesse et lui refit la même invitation qu’il avait donnée aux élèves. Et les collégiens de prendre ensuite un congé assez gêné et de remonter la colline vers Vignaz-l’Église, avant de suivre discrètement un chemin à travers champs pour Bois-la-Gouille et son illustre collège. En espérant éviter, pour un certain temps encore, les foudres directoriales.
Espoir qui fut vite déçu. Car voilà que devant la porte d’entrée les attendait Draculescu, son corps de géant barrant toute possibilité de passage, ses épais sourcils rehaussant encore davantage les braises de ses yeux. Sa furie, une heure auparavant, en découvrant l’absence de la vaisselle et de la coutellerie, était destinée à entrer dans la légende de l’institution. Ses rugissements de colère réveillèrent les quelques internes encore endormis qui restaient là pour le week-end et pénétrèrent dans l’auguste appartement de monsieur le directeur lui-même. Celui-ci venait de s’asseoir au petit-déjeuner avec Miss Downs et monsieur Bernadet et la nouvelle le mit dans une fureur noire, lui aussi. On chercha partout les effets qui manquaient, y compris sur le petit chemin de Belvédère, mais sans succès. C’est alors que l’on remarqua que les quatre internes “collés” étaient absents, eux aussi. Cette évidence par l’absence, à laquelle s’ajoutait le message mystérieux laissé par le pasteur, prouva le cas au-delà d’aucun doute.
Goupillon, Le Bègue, Gueule-de-Loup et Paconetti entrèrent donc, la tête baissée, sous la surveillance méfiante du tsigane, dans le bureau du directeur. Celui-ci était enfoncé tout au fond de son siège, derrière son immense bureau de chêne. Il regardait fixement par la porte-fenêtre, vers le lac et le mont Voiron, qui le lorgnait dans le lointain, comme s’il voulait éviter de faire voir sa colère en fait plus qu’évidente. La bande des quatre resta massée et silencieuse, près de la porte, n’osant s’approcher du point de mire foudroyant.
--Voilà quarante-deux ans qu’existe cette institution…. Et vingt-cinq ans que j’en suis le directeur….
La voix qui se faisait entendre de la profondeur du fauteuil était rauque, basse et lourde. Les yeux continuaient de se fixer sur l’horizon.
--Mais ça, c’est une action qui dépasse toutes les bornes, car, non contents de tomber dans une simple récidive, vous vous êtes arrangés pour VENDRE des couverts et de la vaisselle qui n’étaient pas les vôtres mais qui étaient la propriété du collège. Et non seulement de les vendre, mais de tromper l’innocence et la bonne volonté du pasteur local, en l’impliquant dans votre combine. Un pasteur, vous savez qui c’est?
Ici, le directeur se tourna vers les étudiants, les yeux brillants de colère. Une longue mèche pendait au milieu de son front, tombée d’une chevelure normalement soigneusement peignée en arrière.
--Un pasteur, ce n’est pas seulement un homme de Dieu, pour important que soit cette fonction. Un pasteur, c’est aussi l’homme le plus respecté du village, c’est celui qui représente en quelque sorte les villageois, en ce qu’ils ont de mieux, de plus élevé et de plus estimable. En trompant le pasteur, vous avez aussi entaché la réputation de notre collège aux yeux de nos voisins de Bois-la-Gouille et de Vignaz. Car vous les avez trompés aussi.
Il était désormais clair que la punition allait être sévère.
À ces mots, donc, un petit bruit se fit entendre. C’était Draculescu qui s’éclaircissait la gorge afin de parler.
--Moussiou le directeur, s’il vous plaît, pas exagérer. Chose grave, mais pas comme ça. Trouver solution juste. C’est pas Staline, ici.
Le directeur fut pris de court. Il fixa le tsigane, les yeux tombant des orbites. Draculescu le regardait tout aussi intensément, du haut de ses deux mètres, sans avoir l’air de vouloir en rien céder sur ce qu’il venait de dire.
--Mais mais mais…, bégueyait Gogo.
Goupillon donna un coup de coude au Bègue, accompagné d’un clin d’œil. Le Bègue l’informa en chuchotant qu’il l’emmerdait. Le Gogue, lui, n’ouit rien de cet échange en sous-main.
--D’accord, fit le directeur enfin, avec un souffle de résignation et moins de fougue dans les yeux. Je vais réfléchir pour trouver la meilleure punition à vous imposer. Vous pouvez partir dans vos chambres. Mais prenez bien garde à vous! C’est fini les intrigues. Ah! et vous pouvez aussi téléphoner à vos parents qu’ils ne viennent pas vous chercher ce soir. Votre retenue continue jusqu’à lundi matin.
Quand Paconetti, la voix toute petite, raconta à son père la raison pour sa retenue prolongée, ce dernier se mit à rire à belles dents.
--Oh, attends que je raconte ça à Joquert et aux autres. Ah, elle est bien, celle-là! Vous avez VENDU cette vieille quincaillerie du collège pour des SOUS et donné les procédés à la charité pour vraiment bien emme… embêter le dirlo? Ouais, elle est bien bonne. Toi et tes copains, là, vous allez bien réussir dans les affaires… ou en politique. Ou dans le cirque, tiens, tant qu’à y être. En tout cas, je vais lui dire à Gosierseck de ne pas te faire trop de chichi, d’accord.
--D’accord, merci, papa, t’es chic, hein, répondit Paconetti, soulagé, la voix un peu moins petite.
Le reste de ce samedi et tout le dimanche, le téléphone n’arrêtait pas de sonner chez monsieur le directeur. Paconetti, plaidant pour son fils, retenait à peine sa joie devant l’énormité du tour. Le pasteur, exprimant son éternel gratitude pour la générosité du collège et du directeur, l’invitait, lui et ses quatre étudiants exemplaires, à prendre le souper chez lui, insistant, et refusant d’écouter toute hésitation ou explication de la part du directeur. Joquert, le père richissime qui venait chercher son fils Pieds-de-Camembert le week-end dans une Ferrari dernier modèle et qui était donateur enthousiaste à la charité, ainsi qu’au Collège de Bois-la-Gouille, promettait de donner au pasteur une somme équivalente au triple de tout ce que les enfants avaient contribué pour les étudiants africains. Et il y avait Alpenhirt, l’ancien du marché aux puces, qui téléphonait par nostalgie et qui insistait à se faire appeler par son sobriquet d’autrefois, Tête-de-Lune. Il s’engagea, lui, à doubler la contribution qu’avaient faite les enfants et offrit de parler de cet événement louable à un ami journaliste. Ce que Gosierseck refusa tout net.
L’affaire risquait de faire boule de neige, c’était clair. Ça pouvait devenir un embarras du genre Horsey. Il fallait faire quelque chose, qu’il se dit. Mais quoi? Il décida de réunir son état-major.
Monsieur Gosierseck faisait les cent pas dans son bureau, un verre de cognac à la main, quand il vit entrer monsieur Toulessoux, le comptable, le professeur Bernadet, qui représentait le corps professoral, et monsieur Draculescu, pour les employés. Il leur offrit un choix de cognac, de vin rouge et de rosé, ce qu’ils acceptèrent avec plaisir, un plaisir d’autant plus important en vue des difficultés qu’une réunion avec le directeur pouvait représenter.
--Messieurs, nous voilà en face d’un dilemme. La vente illicite, mais plus que publique, de notre vaisselle et de nos couverts nous met dans une situation délicate. Impossible de redemander ces objets aux clients, qui se sont déjà dispersés Dieu seul sait où (et je ne parle pas de cette andouille de Tête-de…).
--De-Lune! s’exclama le prof de gymnastique avec enthousiasme.
--Oui, continua le directeur lentement et posément, les dents serrées, en évitant de regarder Bernadet, …de-Lune. Où en étais-je? Donc, impossible de les récupérer. Demander l’argent de la vente au pasteur? Le scandale que ça ferait, puisque la nouvelle de notre générosité, entre guillemets, soit dit en passant, aura sûrement déjà fait la ronde de la paroisse et de beaucoup des parents. Donc, conclusion logique, nous voilà dans l’obligation de sortir acheter de nouveaux services, et ce dans les délais les plus immédiats.
Ici, le comptable toussa,
--Monsieur Toulessoux?
--Euh, c’est que, monsieur le directeur, les parents ont tous payé la note scolaire et nous, à notre tour, nous avons payé nos factures et les salaires et bénéfices des professeurs et des employés, et alors….
--Et alors? Eh bien, dites-le, mon bon.
--C’est que… Nous grattons le fond du tonneau en ce moment.
--Le fond du tonneau?
--Oui, il ne reste plus un sou dans la caisse.
--Comment ça, plus un sou? Mais c’est quoi cette façon de gérer les comptes de l’institution?
--Eh bien, il y a eu cette réparation du toit de la maison du jardinier, 4.662 francs et 98 centimes.
--Ah!
--Et la voiture du directeur, une Peugeot neuve, dont la prime revient à six cent quarante-cinq francs par mois, sans parler des dépenses pour son entretien et l’assurance, qui est salée, vue votre histoire au volant. Il y a encore….
--Bon, bon, on a compris, marmonna Gosierseck. Ce cognac, au moins, il vient de ma poche.
--Euh, non, les achats de boissons alcoolisées sortent des frais d’hospitalité, qui, au mois dernier, revenaient à…
--Monsieur Toulessoux, je vous remercie de votre petit rapport.
Sur quoi le comptable, un sourire narquois se dessinant à peine sur ses lèvres, se retira en arrière.
Le professeur Bernadet s’offrit:
--Écoutez, ce n’est pas la fin du monde. Achetons des assiettes en papier et des couverts de plastique, c’est pas ça qui fera du mal à nos élèves, tout richards qu’ils sont. Je les paierai moi-même.
--Monsieur Bernadet, reprit le directeur, je vous prie de parler avec un peu de respect de nos élèves et de leurs parents, dont les efforts et l’intelligence font notre gagne-pain à nous et, qui plus est, nourrissent les racines de notre société. Quant à votre propos, pour toute gentille qu’elle soit, vous savez aussi bien que moi que nous avons ici un standing à maintenir dont nous ne pouvons choir. Il est donc hors de question de nourrir nos étudiants, que dis-je, nos clients, avec des services qui ne sont pas à la hauteur de leurs attentes.
--Mais, justement, avec respect, monsieur Gosierseck, le père de Pieds-… euh, d’Yves Joquert est passé ici tout à l’heure avec plusieurs sacs de couverts en plastique et d’assiettes en papier. Il savait que, comme les magasins n’ouvrent pas avant lundi à midi, il nous serait impossible d’acheter quoi que soit pour notre réfectoire. Il m’a souligné avec fermeté qu’il ne serait pas content si nous devions répéter la punition de l’autre fois, surtout que l’identité des coupables est connue, cette fois.
--Ah, je vois….. Gosierseck prit un air réflexif, puis se tourna vers le bureau pour se verser un autre verre de cognac. Ça change un petit peu l’équation.
Il but d’un trait sec et déclama:
--Alors, c’est décidé. Jusqu’à lundi, nous nous servirons des services de pique-nique et après, de ceux comme il faut, en porcelaine et en acier argenté. Je me chargerai de les acheter lundi après-midi. L’emblème du collège, on le fera mettre sur les assiettes plus tard, pendant les vacances.
--Mais, monsieur Gosierseck, interrompit le comptable, je vous ai expliqué que les fonds sont à sec et j’ajoute qu’ils le seront jusqu’à la fin du mois. Et même après, avec les frais courants, avec le chauffage de l’hiver et tout qui nous arrivent dessus, nous serons encore tout à fait à l’étroit. Si nous allons envisager des dépenses supplémentaires, nous devrons faire un appel spécial aux parents ou aux anciens.
--Mon cher compteur de sous, faire un appel, qui serait urgent, ça va de soi, pour de la vaisselle neuve, ce serait admettre que notre don de l’ancienne vaisselle était moins que prévue. Ce serait avouer que notre générosité supposée n’était due, en réalité, qu’à l’espièglerie d’un quatrain d’étudiants se prenant pour de gros malins. Nous avons déjà fait croire, sinon à Joquert et à Paccotini (ou Paconetti, ou quelque chose de ce genre), du moins, nous avons fait croire à Alpenhirt et—grand Dieu!—au pasteur que nous faisions un geste spontané et désintéressé. Ils croiront que nous avons menti, à juste raison, d’ailleurs. Messieurs, notre réputation est en jeu! Notre ré-pu-ta-tion!
Sur cette imprécation au ton omineux, un toc-toc-toc se fit entendre sur la porte du bureau. Draculescu alla ouvrir. C’était Tête-de-Lune. Il souriait à toutes dents, d’un grand sourire enfantin.
--Entrez, entrez, monsieur Alpenhirt, fit le directeur, soudain affable. En quoi pourrons-nous vous servir?
--Bonjour, monsieur le directeur, bonjour tout le monde. J’espère que je viens à un moment propice, au moins. Je ne vous dérange pas?
--Mais du tout, du tout, cher ami! Nous sommes là pour vous rendre service. Nous parlions justement de votre offre généreux à la collecte charitable de la paroisse.
--Ah, ça tombe bien à propos. J’arrive justement de la vente d’un investissement fort judicieux que je viens de faire—un nouvel engin de recherche, si vous voulez un tuyau—et j’ai sur moi une petite somme en liquide, cinq mille francs. Ce n’est pas grand’ chose, je l’admets, mais je voudrais le remettre entre vos mains pour les bourses de livres pour l’Afrique—un petit quelque chose pour renflouer la somme que vous avez déjà si gentiment remise à monsieur le pasteur. Il se passe qu’il est parti cet après-midi même pour un séjour de trois semaines dans les Alpes de Slovénie et qu’il sera impossible de communiquer avec lui pendant tout ce temps, d’après ce qu’on m’a dit. Ce que je vous demande donc, c’est d’avoir la gentillesse de lui remettre cet argent à son retour, car moi, pour ma part, à ce moment-là, je serai parti pour un voyage d’investissement au Brésil et dans le Paraguay et il sera difficile de me rejoindre, à mon tour.
C’était maintenant au tour de monsieur Gosierseck de sourire à toutes dents. Il serra très fort la main à monsieur Alpenhirt.
--Nous serons ravis de vous rendre ce petit service, mon cher monsieur Alpenhirt, dit-il avec beaucoup d’enthousiasme. Monsieur Toulessoux ici se chargera de donner cet argent au pasteur dès son retour. Nous nous considérons privilégiés par votre confiance en nous et nous vous en remercions de tout cœur. Un petit verre de cognac, monsieur Tê… Alpenhirt?
--Ah, là, c’est moi qui vous remercie, monsieur le directeur, et c’est avec plaisir que j’accepte.
Une fois que le rayonnant Tête-de-Lune fût parti, Gosierseck se tourna vers son état-major.
--Alors, mes bons, pensez-vous la même chose que moi?
--Ben, il a rudement confiance en nous, fit le professeur de gymnastique. Et il est vraiment gentil. C’est bien d’avoir des anciens qui gardent un si bon souvenir de nous.
--Oui…. Et ne pensez-vous pas à autre chose, encore, mon petit coco?
Bernadet le regarda avec surprise. Personne ne l’avait jamais appelé “mon petit coco” auparavant, même pas son ancienne copine l’artiste. Mais Gosierseck avait de drôles de petites lubies. Il le dévisagea de travers, comme s’il voulait deviner une intention cachée.
--Euh, non, pas vraiment, fit-il lentement.
Toulessoux prit la parole, saisi d’une soudaine inquiétude.
--Monsieur Gosierseck, vous pensez pas…? Cet argent nous a été remis en toute confiance par monsieur Alpenhirt. Nous avons un devoir fiduciaire de le traiter correctement, d’une manière au-dessus de tout soupçon.
--Mais mon cher comptable, pour quoi est-ce que vous me prenez? Je ne vais rien faire d’incorrect, loin de là. Non, non, non. On va juste faire un peu de comptabilité créative, nous autres, si vous suivez ma manière de penser.
--Je piger, s’écria Draculescu. Nous prendre argent de Tête-machin, là, nous acheter vaisselle et argenterie. Nous repayer le compte du pasteur mois prochain avec nouveaux revenus. Simple!
Son sourire d’oreille à oreille trahissait une joie intense, ainsi que deux dents qui manquaient.
--Mon cher monsieur Draculescu, s’exclama le directeur, vous et moi, nous sommes une paire de sacrés coquins—et bien équipés tous les deux pour gagner le “struggle for life”! Qu’est-ce que je ferais sans vous et votre habilité à manier le système “d”?
Le grand tsigane souria modestement.
--Mais il s’agit de cinq mille francs, cria le comptable. Nous n’avons pas de réserves. On ne va pas pouvoir les remplacer comme ça.
--Monsieur Toulessoux, vous portez des œillères impressionnantes. Il nous faudra repeindre ou remplacer les volets avant que vienne la bise, remettre la chaudière à neuf, acheter de nouveaux ordinateurs pour le labo. On va faire une collecte auprès de nos parents, des anciens et de nos mécènes dans l’industrie. On recueillera bien plus de fonds que de nécessaire pour ces besognes-là. Et le surplus, eh bien….
--Je… je ne sais pas, monsieur Gosierseck, bredouilla le comptable. C’est pas très régulier.
--Moussiou directeur raison. Vie pas toujours directe. Système “d” bon. Régulier, pas toujours utile. Moi d’accord.
Et Gosierseck offrit une nouvelle tournée générale de cognac, que Draculescu accepta avec joie et Toulessoux et Bernadet avec une certaine hésitation.
--À la nouvelle vaisselle! À notre ami Tête-de-Lune! À nos étudiants!
--Au système “d” en Roumanie et en Suisse! À moussiou Gosierseck!
Un peu plus tard, le directeur accompagna le cuisinier à la cuisine pour prendre état des choses à acheter. Il s’enhardit à poser une question qui le tracassait depuis longtemps.
--Au fait, monsieur Draculescu, j’ai toujours été curieux. À quoi devez-vous votre nom de famille si… spécial?
--Mon grand-père inventer ce nom quand autorités lui demander, il y a longtemps longtemps, dans notre ville de Braşov. Draculescu, nom fait pour faire, comment vous dites, chier à la police!
Et il souria au directeur de ses dents blanches et pointues.
Cette histoire est dédiée aux copains du Collège Protestant Romand, à la Châtaigneraie, dont une des espiègleries épiques menées à bien pendant les années soixante a inspiré la toute première partie de ce conte, à savoir les couverts placés le long du chemin et le tintement du métal contre métal que l’on prit tout d’abord pour des cloches de vaches. Il faut préciser que le reste du conte (y compris les personnages) n’est que pure imagination….
Horsey et Quincaillerie © Eric Tschuy 2005-2007